Si
la compagnie des Grandes Personnes sort avec des
marionnettes géantes
plutôt qu'avec
des puces savantes, ce n’est pas seulement parce qu’elles
sont plus visibles, plus faciles
à montrer,
plus efficaces comme sculptures à l’échelle
de la ville. C’est aussi pour nous
permettre de renouer avec les géants
de nos légendes, de toutes les légendes du monde.
Ils
sont nos
prédécesseurs sur la planète ; les savants qui ont découvert
les
premiers ossements fossiles, fascinés par leur taille démesurée
et leur
dureté,
ont conclu qu'ils appartenaient à des géants
antédiluviens.
Titan, cyclopes
ou ogres, ils ont modelé la terre.
En
Méditerranée, pour s'amuser, ils se sont jetés à la
tête des montagnes qui ont fait des îles.
Ils ont assemblés
les blocs énormes si précisément joints des murailles de
Mycènes ou de Tirynthe. Ailleurs, les dolmens et les menhirs leur ont
servi de pierres tombales ou encore de tables et de tabourets. Ce sont peut-être
aussi nos parents. En tout cas, le géant Er-Töshtük a engendré les
Kirghiz, Soslan les Ossètes.
Leur vitalité est souvent brute,
désordonnée et même séditieuse. Ils ne sont pas du
genre à se contenter de peu. Certains comme Briarée ont escaladé les
cieux pour défier les dieux. D'autres leur ont volé leurs secrets
: Prométhée a dérobé celui du feu et Gilgamesh celui
de l'immortalité. D’autres encore ont habité les volcans
où leur force trop vaste s'employait à forger des anneaux ou des
boucliers. ?
Qui a incarné aussi massivement le désir d'arpenter
des espaces immenses, de savoir tout ce qui peut être appris, de dévorer
tout ce qui s'offre ? Quel bel exemple que le Gargantua de Rabelais.
Certes,
les dieux se sont vengés… Des petits guerriers pointus, des Thésée,
Guillaume, Arthur ont vaincu les géants. Mais ils n'ont pas effacé leur
présence. Ils sont encore là, au flanc de la colline de Cerne Abbas
en Angleterre, dans le nom des rues et des lieux, dans les carnavals d'Europe
et d'ailleurs.